Nous nous sommes rencontrés dans un café parisien, place Edouard VII, près du théâtre de Sacha Guitry, une de nos passions communes. Avant cela, nous étions abonnés l’un à l’autre, mais nous ne pensions pas tomber amoureux. Avant cette rencontre qui a été un coup de foudre, nous avions énormément de préjugés, et nous ne nous en cachions pas. Cela garantissait de nombreux délires et taquineries. Nous avons passé le premier café à nous vanner sur ce que nous renvoyions comme image. Puis, nous avons parlé de nos goûts, de nos ambitions, de poésie, de culture. Et nos âmes se sont séduites. C’était surtout ça, nos âmes, le fait de se dire « malgré le temps, les modes et les effets de la Vie qui coule, avec cet être là, nous nous élèverons au-delà des choses inévitables de l’existence. »
J’ai compris qu’il allait tout chambouler, quand il m’a semblé que rien n’avait existé avant, que je pouvais tout rayer, tout abandonner, car maintenant tout prenait sens. Notre relation n’a rien de plus que les autres, toute histoire d’amour est belle, mais s’il y a bien une chose unique, ce sont nos débuts. Nous avons vécu un film, et nous nous sommes immédiatement promis, à demi-mot dans un long regard, à Nancy, de ne jamais l’achever. Nous étions fous. L’un de l’autre, mais aussi de la vie. Et nous allions maintenant la côtoyer à deux.
Cette folie m’a attirée. Sasha est le plus bel homme du monde, bien sûr cela a joué, mais il y en a énormément, ne soyons pas aveugles. Des hommes en costumes, aux cheveux gominés qui dansent le rock ou la valse, j’en avais connus. Je ne recherchais pas cela, plus du tout, même. Je fréquentais à l’époque un jeune militaire qui pouvait aisément s’engager, ne chercher d’ailleurs que cela, mais il n’y avait rien qui me prenait l’âme et le cœur. J’étais désabusée quand j’ai rencontré Sasha. Je me souviens lui avoir écrit « il faudra bien que je me marie, alors j’accepterai une demande d’ici mes 26 ans, et voilà. » Le schéma classique de mon milieu social, fiançailles mariage enfants etc. Et toute l’hypocrisie qui rôdait autour, j’étouffais. Je pensais donc être incapable d’aimer.
Quand j’ai écrit ça à Sasha, je me souviendrai toujours de sa réponse : « Comment? Mais nous n’avons pas dansé encore! Je ne te laisserai pas faire ça. » , j’ai évidemment conservé ces messages ahaha. Sasha ne m’a jamais menti. C’est en cela qu’il se distingue de tout ce que j’ai connu. Nous étions différents, il l’assumait, il avait un passé, il l’assumait. Nous nous sommes racontés nos secrets, nos passés. Nous avons décidé de ne plus jamais nous quitter, car nous avions tous les deux ce goût du Beau par la Vérité. Je n’avais jamais peur de l’offusquer en lui racontant un détail de ma vie, je n’appréhendais jamais ses réactions. Tout a toujours été lisse, et nous en riions. Je dirais donc que notre franchise et nos cœurs fous et ambitieux m’ont foudroyée.
Il n’y a pas eu de moment clé, nous nous sommes rencontrés, et ne nous sommes plus jamais quittés. Le premier fou rire a suffi. Nous étions comblés, ça y était enfin. Je sentais, dans le ralenti de mon souffle descendant du rire, que cet instant était féerique.
Comme toujours quand un bonheur brille trop fort, la jalousie et la médisance surviennent.Personne n’y croyait. Nous avions tous les deux des gens dans notre entourage qui ont essayé de nous séparer ou de nous persuader que « rien ne dure. », « au début c’est tout rose. », « c’est pas sérieux, si? » etc. C’est Sasha le plus fort des deux face aux « épreuves », je l’avoue. Il a eu toute la volonté nécessaire pour m’apprendre à faire fi des dires des autres, à comprendre que « si nous sommes deux, rien ne compte. » Nous nous aimions, nous avions un univers entier à nous seuls, et cela suffisait. Je pense que nous avions une règle simple: si on se met ensemble, c’est que c’est sérieux. C’était clair dès le début pour lui et pour moi. Nous n’avons jamais songé à quelque chose de momentané ou d’éphémère. Il fallait mener ce rêve jusqu’au bout, il le faut encore.
Je dirais que notre relation n’a pas changé. Elle est peut-être plus « facile », car nous nous connaissons beaucoup mieux, forcément, et j’ai également un emploi du temps au travail qui me permet de monter plus souvent, et lui a posé ses week-ends pour descendre aussi. Nous passons plus de temps ensemble, et nous ne nous privons jamais pour sortir, accorder du temps aux proches l’un de l’autre. Tout est plus fluide, plus évident. La folie n’a pas disparu, puisque des projets fous surgissent sans cesse, des occasions spéciales, et toujours notre goût pour la poésie et le cinéma.
Je dirais que les trois clefs essentielles sont: la transparence, d’abord. Tout se dire, même quand je suis agaçante, quand lui est pénible, quand quelque chose de grave a eu lieu. Nos esprits ne supportent pas d’être encombrés de non-dits.
Ensuite, le partage. Ça va de la journée; à ses rêves, ses passions, ses amis etc. On s’intéresse à ce que fait et aime l’autre. Je l’aide pour ses événements, et il vient parfois à mon collège donner cours d’histoire de l’art ou présenter des œuvres.
Enfin, la liberté.
Ce terme effraye, mais, je garde toujours en tête
ce verset biblique dans le chapitre aux Corinthiens
« L'amour est patient, l'amour rend service. Il n'est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d'orgueil. L'amour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère . L’amour rend libre, il excuse tout, il supporte tout. ». Mais cet élément essentiel ne peut pas fonctionner si l’élément numéro 1, la franchise et donc la confiance, n’est pas à la racine du couple.
Pour conclure, je dirais que Sasha et moi nous sommes tous les deux mutuellement piégés d’amour. Nous ne nous y attendions pas, nous faisions les beaux. Comme la célèbre pièce de Sacha Guitry « faisons un rêve », nous avons beaucoup parlé ce premier soir, nous avons rêvé, et cette nuit est éternelle. Nous semblons très « clichés » mais il ne faut jamais se fier, ni aux apparences, ni aux réputations. Comme je l’ai écrit dans mon petit journal, cet été 2023, « ils m’ont tout promis et ne m’ont rien donné. Il ne m’a rien promis, et me donne tout. ». Nous sommes deux beaux fous, avec la force d’affronter quelques laideurs du monde, d’y semer le Beau que l’on peut léguer, dans un regard serein et bienveillant éternel. Il ne faut jamais se formaliser, jamais désespérer.
L’Amour est d’une puissance quasi-transcendantale et quand il est Bon il nous ramène à l’essentiel.
Rédaction : Louann Guéguen